Je sors de cette profondeur de la Terre,
où je me suis frotté contre les roches et les racines,
me cherchant un chemin le moins contraignant,
afin de resurgir et m’ouvrir à la lumière,
dans un profond et sonore inspire..
Par un balbutiement discret, à peine perceptible,
c’est ici que je donne naissance à un fleuve,
et je commence à me frayer le chemin, tout timide,
puis de plus en plus fort, avec une détermination
surprenante, mais rapidement acquise et savourée.
Le long de ma descente, d’autres frères se joignent à moi,
dans une joie de retrouver mes semblables, nous rions,
nous sautons par-dessus des obstacles sur notre chemin,
et faisons des pirouettes sans nous arrêter,
sans peur, dans une ambiance joyeuse et festive.
De plus en plus nombreux, de plus en plus forts,
nos jeux insouciants de début deviennent plus calmes,
et les poissons, moins chahutés, nous disent merci.
De rien, répondons-nous vite d’un ton rieur,
sans arrêter notre joviale danse à trois temps.
Et lorsque nous devenons nombreux, très nombreux même,
jusqu’à heurter les berges avec une force démesurée,
sans vraiment le vouloir, nous mettons à nu des racines,
pour intégrer dans nos danses des mottes de terre,
juste pour un moment, juste pour un simple tour.
Les méandres et les rapides, forgés le long de notre chemin,
montrent la force et la gaité de vie, face à l’ennui,
des berges rigides, bétonnées, sans âme, sans entrain,
qui nous obligent à nous soumettre aux règles strictes,
où même les poissons ont perdu leur exubérance.
C’est ainsi, l’histoire d’un chemin à travers vos contrées,
avant de rejoindre la vaste mer et sa sapidité salée.
Soudainement, sans crier gare, un rayon de Soleil chatouilleux
et un souffle doux me saisissent et me soulèvent vers le ciel,
me permettant de reprendre ma forme aérienne d’un autre instant..
Et un jour, le vent me pousse loin, très loin, et plus haut,
Je sens le froid et cherche la compagnie des autres.
Le nuage s’épaissit et nous prenons l’ascenseur vers là-bas,
pour nous plonger dans une mousse toute douce,
et reprendre un autre voyage sous d’autres cieux. .
Le bateau ivre surfant sur une mer sombre, déchaînée,
les marins pourtant habitués à être ainsi malmenés,
ils cherchent le passage entre les vagues tourbillonnantes,
pour tenir le cap de leur navire dans une mer dissonante.
Une fois sur la terre ferme et marchant d’un pas incertain,
l’homme retrouve son pays souvent rêvé, aperçu au loin,
parfois il s’arrête face à un chemin ravagé et boueux,
ses pieds cherchant un support solide, dur et rocailleux.
Et si la boue se transforme en chenal large et ruisselant,
il ôte ses bottes mouillées avançant d’un pas chancelant,
malgré des épreuves rudes arrivant de gauche et de droite,
il tient sa tête haute, son regard fixant une voie étroite.
Le paysage change, il entre dans une forêt sombre, profonde,
la pluie commence, le tonnerre, les bêtes sauvages grondent,
mais, soudainement, sur une clairière au milieu des bois,
surgit un cercle autour d’un feu, des hommes bien droits.
Il les approche, leurs regards le fixent et le cercle s’ouvre:
“Viens t’asseoir avec nous et raconte d’où viens-tu, vieux bougre,
approche et chauffe tes mains face aux flammes sans peur,
et laisse entrer la lumière et la chaleur dans ton joyeux cœur”.
“Ici, point de caverne de Platon, humide, profonde et sombre,
tu peux sentir, écouter et regarder la vie entière sans ombre,
être toi-même face aux agitations du monde et te tenir droit,
c’est ainsi la vraie vie, pas besoin de grands exploits”.
Les paroles du chant des pèlerins sur le Camino:
Les cristaux de givre craquent sous les pas du promeneur,
Transperçant le silence dont la forêt reste gardienne,
Le Ciel redescendu vers la Terre lui impose sa torpeur,
La nuit va bientôt les recouvrir de sa robe noire, terne.
Ce jour de solstice où c’est la nuit qui est la vraie reine,
Une lumière jaillit entre les arbres dans cette heure,
C’est elle qui dévoile les visages avec un peu de peine,
Et pénètre bien bas tout au fond de nos cœurs.
Un matin, en sortant encore endormi de ma douche,
j’ai aperçu par la fenêtre une grenouille à grande bouche!
Vous n’allez pas le croire, ce n’est pas une histoire louche,
je l’ai vue chasser des moustiques et des mouches.
Je suis sorti et la grenouille à grande bouche
m’apostropha rapidement: « Je ne veux pas qu’on me touche! »
En passant par là, quelle drôle de grenouille, se dit le chat Minouche.
29.5.2015