Le soleil se forge son passage derrière la crête de la Croix de Javerne qui surplombe à l’est le bourg de Bex. Le parc, façonné à l’anglaise au 19e siècle par la famille Hope-Szilassy, accueille, comme à l’accoutumé depuis de nombreuses années, l’exposition de la sculpture contemporaine. Cette édition fait un lien étroit entre la nature et la perception des artistes qui se sont approprié un endroit du parc. Comme le génie des lieux sortant des profondeurs de la terre, ils se sont fait inspirer par la nature à l’aide des paysagistes. Au début, il y avait une mer, puis les forces tectoniques ont contribué à l’apparition des Alpes. Les artistes ont cherché dans toutes les dimensions terrestres pour faire le lien entre ce lieu et leur perception personnelle.

Sauf une, toutes les œuvres ont été faites directement sur place dans le parc. Les 21 artistes et duos d’artistes se sont inspirés du paysage du parc bientôt bicentenaire. Les formes du terrain avec ses arbres et sa végétation sont des acteurs à part entière dans cette conception des harmonies avec le vivant.


Banc, Pierre Leguillon (d'après une photographie anonyme de 1956)

Au milieu du parcours, ce banc invite à s’asseoir et plonger son regard dans la vallée du Rhône avec Bex en premier plan. C’est ici que le visiteur peut faire une pose, écouter les oiseaux dans le feuillage de l’arbre qui surplombe le banc et s’adonner à une observation de cette extrémité du parc. La quiétude du moment s’harmonise avec la barrière en fer forgé qui débute à proximité et dont la fin se perd dans les méandres entrecoupés par la végétation.


Where The Wild Things Roam, Geranium, Ishita Chakraborty

Face à ce géranium géant, on ressent la force et la grandeur de la nature. On peut imaginer cette plante comme endémique pour la Suisse, mais ses origines se trouvent, en fait, en Afrique australe. Importé par des circuits coloniaux, le géranium s'est acclimaté dans nos contrées. L’artiste met en exergue ce qui est indigène et ce qui est étranger. L’immensité de la plante, imprimée sur un tissu pour les tentes militaires et doublée d’un tissu de sari Chapa, porté par les femmes dans les zones rurales de l’Est de l’Inde, domine toute la plaine intérieure du parc.


Au chemin ferré, Lara Estoppey & Olivier Estoppey

Immobile, à peine perceptible parmi les troncs et les branches des thuyas géants, un cheval a choisi sa demeure. Les rayons du soleil laissent dévoiler les contours discrets, comme à l’intérieur d’une chapelle. Il dresse sa tête pour humer la fraicheur du matin et laisse passer un renard entre ses pattes. Tout s’apaise dans cet espace intimiste, isolé du reste du parc.


Shine #4, Lang / Baumann

Sur le chemin plutôt abrupt à l’entrée du parc Szilassy, une mère avec sa fille monte vers leur demeure au milieu du parc. Le carrosse se renverse, la fille est blessée et le cocher s’occupe d’elle. Une relation d’amour naît. C’est ainsi qu’on peut résumer une histoire véridique liée à ce parc. L’œuvre du duo Lang et Baumann l’illustre par trois anneaux en acier inoxydable, imbriqués les uns dans les autres, proche de l’endroit supposé de cet accident ancien.


Jonban, Shirin Yousefi

Si l’on monte les deux escaliers en colimaçon, l’un face à l’autre, on se retrouve au sommet de cette tour posée sur des ressorts. Elle forme un triangle imaginaire avec la tour de Duin et le clocher du temple à Bex. L’artiste iranienne s’est inspirée des minarets vibrants du Menard Jonban à Ispahan dont la particularité consiste dans la transmission de la vibration de l’un vers l’autre. Les ressorts à la base de cette tour en bois adoucissent le mouvement des pas lors de la montée.


Vue dégagée sur la Méditerranée, Olivier Crouzel

La photo découpée, posée sur des lames en bois, superpose la montagne qu’on voit à l’horizon avec la mer qui se trouve bien au delà de cet endroit. Une mer qui était présente il y a des millions d’années et qui s’est retirée lors des mouvements des continents. Une impression de l’immensité du monde, bien au delà de ce qui reste visible à nos yeux.


Reliques d'une mer évaporée, Hunter Longe


Lare de l'érosion, Hunter Longe

On n’y a même pas pensé, mais il a suffi de creuser un peu pour trouver des formes de gypse, sculptées par l’érosion pendant des milliers d’années. La nature à l’œuvre. Les géobiologues et les sourciers ont aidé à trouver ses formes les plus proches de la surface. La région de Bex avec ses mines de sel nous fait découvrir les fonds marins et les vestiges de l’océan Téthys. Avec cette mise en valeur, nous aurons un autre ressenti en posant nos pieds sur l’herbe de ce parc.

Quelques morceaux de ce gypse sculpté ont été mis en évidence, comme les Lares, divinités romaines protectrices des lieux.


Empreintes, Gailing Rickling

Le duo Mailing Rickling a laissé leurs empreintes dans le parc aux endroits qui nous invitent à nous arrêter et à nous immerger dans l’harmonie des lieux. Les trois endroits sculptés directement dans la terre nous invitent à sentir la matière, à toucher la terre dégagée, et à laisser les formes du paysage guider notre regard. Ainsi, nous pouvons contempler un prolongement du parc dans les vignes de la colline avoisinante,  apprécier un moment passé sur une motte perchée, dominant le paysage, ou, au contraire, plonger notre corps dans une tranchée et avoir une vue sur une table ronde garnie par le gazon.